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jeudi 28 mars 2013

Ascension du mont Kinabalu

10 jours, c'est le temps que j'aurai à ma disposition pour découvrir la partie malaisienne de Bornéo. Cette île étant la quatrième plus grande du monde, des choix cornéliens se présenteront forcément à moi. Après mûre réflexion je déciderai de conclure ce trip asiatique de manière sportive, exit donc Brunei, les orangs-outans de Bornéo ou encore les plages paradisiaques, place à l'ascension des 4095m du mont Kinabalu et au passage du PADI, diplôme de plongeur.

Je déciderai pour une fois de céder à la simplicité et de réserver un package complet incluant les permis nécessaires, la nuit au refuge d'altitude, la réservation du guide qui est obligatoire, le transfert en bus jusqu'au pied de la montagne, etc... Le prix d'environ 250€ est un peu élevé, mais je n'avais pas vraiment d'autre choix possible compte tenu de mon timing très serré pour organiser cette ascension.



Jeudi 21 février 2013, 9h30, je suis au pied du mont Kinabalu dont j'aperçois seulement le pied du versant que je m'apprête à attaquer dans le brouillard ambiant. Je me trouve à 1890m au dessus du niveau de la mer, et 2205m me séparent donc encore du sommet. Mon sac est prêt, mon guide est avec moi, l'aventure peut commencer !


Mon guide et moi, en tenue d'été pour la première partie de l'ascension jusqu'au refuge
Les premiers kilomètres sont plutôt faciles, les portions assez plates alternant avec celles plus escarpées mais bien aménagées
Une plante carnivore dont je suis à des années lumières de me rappeler le nom
La faune est elle aussi bien présente en ces premiers kilomètres d'ascension

Tous les 500 mètres se trouve en bordure du chemin un panneau indiquant l'altitude actuelle. Si j'imagine que cela doit être stimulant sur la fin du parcours, voir un panneau 3,5km en étant essoufflé au possible me parait plutôt inquiétant. Heureusement, certains randonneurs sont déjà dans un état bien pire que le mien, ce qui a tendance à me rassurer.

En parlant de randonneurs, je croiserai vraiment tous les types de profils, du chinois cherchant du réseau cellulaire au chinois l'ayant trouvé et téléphonant, en passant par le couple de sextagénaire qui a l'air de faire sa petite ballade du dimanche ou encore le porteur en tongues avec ses 20kg sur le dos me dépassant en courant.


L'écosystème environnant change assez radicalement au fur et à mesure que nous grimpons
Au kilomètre 4, à un peu plus de 2700m d'altitude, on passe soudainement au dessus des nuages. Sensation assez grisante, que ce soit pour le fait d'avoir le sentiment d'avoir franchi un palier et d'enfin avoir une vue dégagée vers l'avant, mais aussi tout simplement pour mettre fin à cette pluie fine  omniprésente depuis le départ.

La fin de la journée sera assez dure physiquement, je marquerais une pause prolongée tous les 500m,    des abris sommaires où se regroupent les randonneurs étant présent à côté de chaque panneau d'altitude.

J'arriverai finalement au refuge à 13h53 précisément, après 6.5km et 1500m de dénivelé positif parcourus, un peu moins de 4h30 après mon départ. Score qui paraitrait surement ridicule aux yeux de bon nombre de randonneurs confirmés, mais qui pour ma part me suffira amplement a fanfaronner jusqu'à la fin de mes jours !


Z'avez vu ? Ils ont dit well done !
Je partais plutôt pessimiste sur la qualité de la nourriture servie au refuge, le buffet qui nous attend en guise de repas du midi me fera rapidement changer d'avis ! C'est vraiment pas mauvais, et je n'ai jamais autant apprécié le mot "illimité". Une fois la panse bien remplie, j'irai prendre place dans le dortoir commun où je me prévoirais une petite sieste de 20 minutes. Je me réveillerai difficilement 1h40 plus tard, prévisible.

Heureusement au Laban Rata Resthouse, ils ont l'arme absolu pour vous réveiller en un rien de temps ! Cet outil de torture ultime s'appelle une douche, et croyez-moi c'est très efficace. Le concept est simple, il suffit de placer le réservoir d'eau à l'extérieur, où la température doit difficilement atteindre 10 degrés  et de parfaire le piège en apposant un robinet d'eau chaude dans la douche afin de faire croire au naïf randonneur qu'il va pouvoir profiter des joies d'une longue douche bouillante. Eh bien non, perdu, puisque la douche est glacée, le genre de douche où tu te sens comme un bonhomme quand tu t'es mouillé jusqu'au gros orteil.

Nouveau repas à 17h avant d'aller se coucher à... 18h30 ! C'est là que je prendrais pleinement conscience de l'erreur fatale de ma longue sieste de l'après midi, puisque je peinerai grandement à trouver le sommeil.

Et cette erreur j'aurai de quoi la regretter le lendemain "matin", lorsque mon réveil sonnera à 1h50 ! Eh oui, la seconde partie de l'ascension se fait de nuit afin d'arriver au sommet à temps pour contempler le lever du soleil.

Je suis dans un étant complètement zombiesque, je prends un café pour la première fois depuis un nombre d'années que je ne saurais compter.

Je me sens un poil plus réveillé sur les coups de 2h30, au moment de se remettre en route. De là à dire que je suis en forme pour aller gravir 900m de dénivelé de nuit par des températures glaciales, il y a un pas que je n'oserai franchir.

Car en effet ce deuxième jour s'annonce comme un véritable parcours du combattant : 2,2km de marche, 822m de dénivelé, le tout pour une pente moyenne de 37% !

Mais pas le temps de pleurnicher, j'enfile ma lampe frontale, et en voiture Simone !


Qu'est-ce que je fous là à 3h du matin, à suer comme un boeuf par 5 degrés et à essayer de mettre un pied devant l'autre avec 3 mètres de visibilité ? Aucune idée.
A partir d'environ 3600m le paysage change radicalement, puisqu'il n'y a quasiment plus aucune trace de végétation, seulement un plateau de roche nue. Les seuls éléments visibles dans ce vide immense et nocturne sont les frontales des autres randonneurs qui se suivent telle une procession de lucioles.


Nouvelle difficulté vers 3800m, où je ressentirai pour la première fois les effets de la raréfaction de l'oxygène dans l'air. Étant déjà très essoufflé, ma respiration deviendra plus haletante et je m'essoufflerai  encore plus vite.


J'y suis... presque !
J'y suis... pour de vrai !
Arrivée surprise au sommet alors que je m'attendais au panneau 8.5km, mais j'avais tellement la tête dans le guidon que je suis passé devant sans le voir ! Seulement 6 personnes se trouvent déjà au sommet, je suis donc le 7ème sur environ une centaine de grimpeurs. Même si ce n'est pas une compétition, un certain sentiment de fierté vient s'ajouter à la sensation de satisfaction extrême d'avoir réussi cette ascension.

Tout ca c'est bien joli, mais il n'est qu'environ 5h du matin, et il va falloir attendre près d'une heure que le soleil daigne arroser l'horizon de ses premiers rayons. En attendant, point d'autre choix que d'attendre, immobile, dans un froid glacial amplifié par le vent.


6h, les premiers rayons de soleil tant attendus
Une vision d'un paysage quasi lunaire
Malheureusement le soleil se cachera ensuite assez rapidement derrière les nuages, mon guide m'incitera donc à entamer la longue descente qui nous attend aujourd'hui.

La descente le long du plateau sera l'occasion d'observer des vues qui resteront gravées dans ma mémoire à jamais
En cet instant, j'ai très mal aux jambes, mais... qu'importe !
Rarement eu l'occasion d'admirer de telles couleurs dans le ciel
Encore et toujours cette merveilleuse mer de coton
En pleine action, on peut voir le refuge en contrebas

La descente est extrêmement fatiguante pour les cuisses, heureusement le temps de souffrance est moins long que pour la montée, puisqu'on se déplace environ 1,5 fois plus vite.

Le retour au refuge sera l'occasion d'une petite pause, durant laquelle j'en profiterai pour engloutir le deuxième petit déjeuner buffet de la matinée, de quoi porter mon nombre de calories ingérées depuis 24h à approximativement 283827.

Puis il sera temps de repartir jusqu'au pied de la montagne, histoire de porter le dénivelé positif parcouru à plus de 4500m en deux jours. La fin du parcours est un supplice que j'étais loin d'imaginer, pensant naïvement avoir fait le plus dur une fois le sommet atteint. Chaque pas est une véritable épreuve, je boiterai comme un canard en tentant lamentablement de descendre les dernières marches des escaliers.

Enfin le moment tant attendu, je franchirai la ligne d'arrivée près de 30h après l'avoir quittée, et alors que la satisfaction du devoir accompli commençait à m'envahir, je suis tombé là dessus...

Are you kidding me ? 2h11 pour monter et redescendre ?? Pas beaucoup plus réaliste que 7 victoires d'Armstrong sur le tour de France cette histoire.
Je suis exténué comme rarement je l'ai été, une seule chose m'importe à présent : un bon bain chaud ! Comme cette ascension constituait l'une de mes dernières étapes asiatiques, et que j'ai envie de quitter ce continent en vous faisant râler une dernière fois, quelques photos de mon hôtel à Kota Kinabalu.

Une suite dans un 5***** en plein centre ville, 80€ la nuit
Vue du balcon avec la piscine à gauche, le coucher de soleil en face, et les tentes du marché nocturne au premier plan
L'Asie, c'est bientôt fini... Un PADI à passer, puis il sera temps de s'envoler pour Melbourne !

dimanche 24 mars 2013

Kuala Lumpur

Nouveau changement de décor radical, j'ai en effet troqué ma jungle sauvage contre Kuala Lumpur, capitale malaisienne moderne et multiculturelle.

Comme j'en ai désormais l'habitude, je commencerai en tout premier lieu par prendre de la hauteur afin d'appréhender la ville dans sa globalité. Rien de mieux pour cela que la  Kuala Lumpur Tower, antenne de télécommunications culminant à 421m. Quelques dizaines de secondes d'ascenseur suffiront pour accéder à la plateforme circulaire donnant une vue imprenable sur la ville.

Les fameuses Petronas Tower, véritable emblème de Kuala Lumpur
Comme toujours, ce genre de point de vue est l'occasion de se rendre compte que certains ont la belle vie
Je trainerai quelques heures au sommet afin de voir la ville s'illuminer et ainsi l'observer sous un aspect différent
Kuala Lumpur Tower, une fois redescendu de nuit
Plutôt enthousiasmé par ce début de visite, je prolongerai ma virée nocturne en me rendant à pied au pied des Petronas Tower. Ce sera l'occasion de traverser différents quartiers et de remarquer le très grand nombre de parcs présents au milieu des bâtiments. Le style architectural est un mélange de bâtiments coloniaux et de gratte-ciel flambants neufs, on sent bien que la ville est en plein développement, les grues élevant des buildings un peu partout étant là pour le démontrer.


Tours Petronas, reliées entre elles par le Skybridge
Une autre vue afin de faire honneur aux éclairages des tours
Au pied des tours se trouve un gigantesque centre commercial ultramoderne, les boutiques Rolex et Patek Philippe côtoyant celles de Louis Vuitton, Channel, Dior... Je ne me sens pas vraiment dans le même monde avec mes chaussures encore maculées de boue provenant de la jungle malaise.

KLCC
Je conclurai ensuite cette première demi-journée de visite en rejoignant ma suite monstrueusement grande :

Cette prise de vue montre réellement la "chambre" sous le plus grand angle possible
Bon, c'est roots au possible, mais ça me suffira amplement pour dormir, et ça ne me coûtera qu'un peu moins de 4€ par nuit pour dormir dans une capitale.

Surtout que ma nuit sera courte, puisque je me lèverai à 7h afin d'obtenir l'un des 1600 tickets gratuits distribués quotidiennement afin de pouvoir accéder au Skybridge des Petronas Tower.

Pas encore tout à fait réveillé, ce sera l'occasion de prendre un bain de foule matinal dans le métro de la ville, les malais se rendant à leur travail à cette heure-ci. Pour un peu je me croirais dans le RER A en train de me rendre au boulot !

Mais la réalité est heureusement tout autre, puisque je jouerai en fait à une chasse au trésor un peu trop matinale à mon goût ! Celle-ci aura pour point de départ le Lonely Planet (version 2010) m'indiquant que la billetterie est au niveau 0 du centre commercial. Après 15 minutes à errer dans ce dernier sans résultat, je demanderai à un local qui m'indiquera que la billetterie est en fait au sous-sol. Même cinéma, avant qu'un vigil m'indique à son tour qu'elle se trouve à l'extérieur du centre. Toujours bredouille plus de 30 minutes après avoir commencé ma quête, j'apprendrai à l'accueil du centre que le Skybridge est fermé le lundi, et aujourd'hui on est... Lundi !

Je me contenterai donc d'une ballade dans le KLCC Park jouxtant les deux tours, d'où j'aurai une vue prenante sur ces dernières.


Petronas Tower, 452m, 88 étages, 9ème plus haut gratte-ciel du monde
Comme à mon habitude j'essaierai de rallier mes différentes étapes uniquement en marchant. C'est le meilleur moyen pour moi de découvrir des scènes que l'on rate inévitablement lorsque l'on prend les transports en commun ou les taxis. Ce sera l'occasion entre autres de traverser une gare abandonnée,  des petits marchés de rue, de rencontrer et de discuter avec des locaux... De plus, les transports en commun sont assez mal inter-connectés à Kuala Lumpur, chaque ligne étant en général exploitée par sa propre compagnie.

Photo prise depuis Merdeka Square où fut proclamé l'indépendance de la Malaisie en 1957. On peut y voir le mélange de style architectural entre les différents bâtiments.
La mosquée nationale et son minaret de 73m
Taman Rama Rama, ferme à papillons où j'exercerai mes talents de dompteur
Ça change des mygales un peu !
Le G5 des papillons
Le central park local
Il faut croire que je suis addict à la nature et allergique aux villes, puisque j'arrive à vous refourguer des photos d'hibiscus dans un article censé décrire la capitale malaise  !
Comme pour confirmer cette allergie à la ville (même si j'exagère, j'adore Kuala Lumpur et je me verrais presque y vivre !), j'échouerai lamentablement dans ma quête du temple Thean Hou, bloqué par un monorail aérien et une autoroute non indiqués sur la carte de mon Lonely Planet... Il s'est vraiment construit beaucoup de choses ici depuis 3 ans !

Point d'autre choix que d'aller me restaurer donc, c'est vraiment trop balo. Je me remplirai la panse dans un petit stand local, comme à l'accoutumée. La Macanera, Las Ketchup, pas de doute, la musique est 100% malaise. Le buffet est lui bien typique de ce que l'on peut manger ici dans les stands de rue. Averse typique aussi, à peine le temps de m'assoir qu'une pluie diluvienne s'abattra dehors, alors qu'aucun nuage n'était visible à l'horizon il y a 2 heures.


12 RYM (2,97€) donnent droit à une assiette remplie d'une consistante portion de riz (original), à laquelle on peut ajouter à sa guise viandes, poissons, légumes, sauces, épices, trucs d'origine inconnue/douteuse/suspecte. Et pour ce prix là, un fruit shake bien frais est inclus !
Encore un article qui se termine sur une photo de nourriture, on ne se refait pas.

Mon trip asiatique devait initialement se finir ici, la prochaine étape étant Melbourne. Mais ayant prit de l'avance, ou plutôt ayant choisit de prendre de l'avance, il me reste encore presque deux semaines pour poursuivre mon excursion plus au sud, direction Singapour donc !

dimanche 17 mars 2013

Taman Negara


Le Taman Negara est un parc national abritant une des plus vieilles forêt primaires du monde. Rendez-vous compte, celle-ci est présente ici depuis 130 millions d'années, rien que ça ! 130 000 millénaires sans être affecté par aucune ère glaciaire ni intervention humaine, à attendre sagement que le jeune aventurier que je suis vienne à la découverte de cette jungle préservée.

Tout commencera par un voyage mouvementé de 3 heures en bateau afin de remonter le fleuve Sungai Tembeling et ainsi rallier le petit village de Kuala Tahan, centre névralgique du parc et point de départ des nombreuses excursions à réaliser aux alentours.

Pour ce faire, cette exploration junglesque est proposée à toutes les sauces afin de convenir à un maximum de touristes, du randonneur du dimanche effrayé par les insectes au trekkeur de l'extrême, en passant par moi, qui ne sait pas trop dans quelle catégorie me situer.

On trouve donc en vrac des tours organisés en bateau ayant pour but de s'enfoncer dans la jungle sans trop forcer ni sortir des sentiers battus, un trek de 9 jours parcourant 80km, des expéditions nocturnes ayant pour but principal l'observation des insectes, etc...

Je choisirai cette dernière option comme échauffement et petit préambule à la découverte de la vie fourmillant ici, afin de savoir dans quoi je m'engage !

La remontée du Sungai Tembeling, le soleil radieux alternant avec les pluies d'illuviène
Kuala Tahan, réparti sur les deux rives du fleuves. Une pléthore de bateliers se charge de transférer les passagers souhaitant rallier l'une ou l'autre rive pour 1 Ringgit (0,25€)
Un serpent se baladant tranquillement d'arbre en arbre
Encore et toujours des saletés à 8 pattes

Point rebuté par toutes ces mignonnes bébêtes, je déciderai finalement de consacrer mes deux jours dans le parc à un trek en solitaire dans la jungle, ne rechignant pas sur une nouvelle occasion de tester mes limites.

J'irai donc louer un sac de couchage ainsi qu'un sac à dos de randonnée que je remplirai de vivres, d'une lampe frontale, d'un appareil photo pour immortaliser cette aventure, et je me mettrais en route dès le matin pour une journée de trek s'annonçant intense : 10km à parcourir dans une jungle extrêmement dense, des rivières gonflées par les nombreuses averses récentes à traverser, des sangsues à éviter, et un refuge à rallier avant la tombée de la nuit.

Comme si ce programme n'était pas assez chargé, je ferai auparavant un petit détour par le Canopy Walkway, le plus long pont suspendu au dessus de la canopée du monde. C'est bien entendu très touristique, il faut prendre un ticket avant de sagement se mettre dans la file d'attente. J'y retrouverai deux françaises avec qui j'ai passé la soirée de la veille, l'une d'entre elles me donnera gentiment un briquet afin de repousser les sangsues une fois que je leur aurai parlé de mon projet d'excursion solitaire.





Une fois cette promenade de santé terminée, il est temps de se mettre en route et d'attaquer les choses sérieuses !

Level 1 : appuie sur la touche flèche haut pour avancer 
Level 2 : appuie sur les touches flèche gauche et flèche droite pour faire avancer ton personnage au milieu des arbres
Level 3 : appuie sur la touche C pour t'agripper à la corde
Level 4 : appuie sur la touche espace pour sauter par dessus l'enchevêtrement de branches se trouvant sur le chemin 
Level 5 : appuie sur la touche Ctrl pour t'accroupir, passer sous l'obstacle sans glisser dans la boue puis traverser la rivière se trouvant derrière en équilibre sur un tronc d'arbre

Comme les photos ci-dessus le montrent, le chemin méritera de moins en moins d'être qualifié de tel au fil de la marche, et les derniers kilomètres s'avèreront être un véritable parcours du combattant. Les sangsues omniprésentes dans la végétation détrempée par les nombreuses averses m'étant tombées dessus pendant la journée n'arrangeront pas vraiment la chose.

Même pas peur ! Je parle pas anglais de toute façon, j'ai pas compris.
J'ai toujours rêvé de mettre une photo dégueulasse en imaginant la tête des gens qui la verront confortablement installés derrière leur écran !
Un ruisseau de rien du tout à traverser
J'ai beau aimer penser qu'une âme d'aventurier se terre au fond de moi, je n'irai pas jusqu'à oser la traversée de ce torrent à la nage avec mon équipement hors de l'eau à bout de bras. Je me retrouverai donc un peu dépité, à seulement quelques centaines de mètres de mon objectif final, bloqué par ce flux d'eau continu d'une force impressionante.

Alors que l'idée pas très réjouissante de passer la nuit seul au milieu de la végétation commençait à m'envahir et que je m'affairai à enlever les sangsues accumulées dans mes chaussettes pendant la journée, un coup de chance plus que bienvenue surviendra. En effet, un bateau passera sous mon nez et viendra s'arrêter sur la rive me faisant face afin d'y déposer sa cargaison de touristes venus faire une petite ballade avant la tombée de la nuit, avant de repartir pour Kuala Tahan. Je hélerai donc le batelier qui me fera gentiment traverser le fleuve. Est-ce que j'ai pensé à comment retraverser le fleuve le lendemain matin ? Bien sur que non, j'étais bien trop occupé à aller de l'avant !

J'arriverai au refuge après quelques centaines de mètres parcourus de l'autre côté du rivage seulement. L'occasion de tomber de haut. En effet, si le mot "refuge" évoque en moi 4 murs en pierre, une porte, un toit sur la tête et un sommier pour dormir, la réalité sera en fait... Différente !

3 tables de pique nique, une vue directe sur la jungle... Un véritable hôtel de luxe !

Je resterai une petite heure à discuter avec le sympathique guide qui accompagnait les touristes, synthèse de ce que j'ai retenu de notre conversation :

- Essayer de dormir en hauteur afin d'éviter le maximum d'insectes
- Les éléphants ne devraient pas m'attaquer
- Faire très attention aux scorpions, dont certaines espèces sont mortelles pour l'homme
- En cas de rencontre avec un tigre, le regarder dans les yeux, il n'attaque en général pas de face (facile !)
- Faire un feu afin d'y faire brûler de la résine, cette odeur éloigne la plupart des animaux
- Ne surtout pas se baigner la nuit, le barrage en amont relâchant parfois de l'eau
- S'il ne pleut pas dans la nuit, je pourrais normalement traverser le fleuve avec de l'eau m'arrivant au nombril. Sinon ? Un bateau viendra peut être demain. Et sinon ? Tant pis, je resterai un jour de plus histoire de jouer avec mes copains tigres rencontrés la nuit.

Fort de ces conseils, je serai alors prêt à vivre ma soirée-nuit au milieu de la jungle ! Autant prêt qu'on peut l'être tout du moins. Je vous livre mon compte rendu de la soirée pris sur le vif :

16h46 : installation du camp
16h48 : repas
16h49 : fin du repas
16h53 : craquage, engloutissage du repas prévu pour le lendemain midi
16h56 : il me reste environ 20cl d'eau...

17h05 : je pars dans la jungle en caleçon/baskets chercher de la résine ainsi que des petites branches
17h32 : j'ai (théoriquement) de quoi allumer un feu

Des bouts de bois fins, de la résine, des bouts de bois moins fins, un briquet, LET'S BURN THE WORLD BABY ! Je me délecte d'avance des brochettes de tigre que je vais manger ce soir
17h41 : une énorme arraignée se trouve sur la table (enfin, mon lit). Mon instinct de survie prend le dessus sur mon respect pour la vie animale et je la dézingue à l'aide de ma chaussure sans aucune pitié

R.I.P

17h44 : je me rends compte que j'ai perdu mon répulsif anti moustiques dans la jungle. Pourquoi la vie est-elle injuste, POURQUOI ?

18h04 : pour la première fois de ma vie, je nettoie les toiles d'arraignées présentes au plafond

18h30 : les bruits d'animaux commencent à changer, mon état aussi : je prends réellement conscience que je vais passer la nuit ici, absolument seul, au milieu d'une faune sauvage, et que le lever du soleil est dans seulement 12h

19h08 : l'obscurité commence à tomber. Je range mes affaires, place l'ensemble de ma nourriture restante dans un sac à quelques dizaines de mètres de mon campement de fortune, et essaye de me fabriquer un oreiller en roulant mes vêtements dans la housse du duvet. J'essaye également d'allumer un feu, la résine et le bois sont beaucoup trop humides, impossible de les faire s'embraser. Une forte odeur se dégage en revanche de la résine brûlée, odeur qui selon le guide rencontré plus tôt permet de faire fuir les animaux... Je ne sais absolument pas si c'est vrai, mais ça a au moins le mérite de me rassurer un peu.

19h35 : je commence à grave flipper. Je décide de sacrifier quelques % de batterie de mon téléphone pour écouter quelques musiques.

19h47 : je me souviens que mon seul contact nocturne jamais eu avec la vie sauvage, c'était avec un sanglier, dans une tente en montagne, avec un pote, à 10m de la route. Et on avait flippé comme jamais, foutu le camp en redescendant le col en vélo de nuit à la frontale, avant de dormir au milieu d'un rond point dans le village au pied de la montagne. Je pense qu'il se reconnaitra ! J'ai comme l'impression d'avoir franchi un cap supplémentaire ce soir (d'être en train de franchir un cap tout du moins, je vais devoir survivre encore quelques heures avant de pouvoir parler au passé !)

19h52 : il fait nuit noire à présent. Le bruit de la jungle est tout bonnement assourdissant, je peux identifier des dizaines de bruits d'animaux différents. Enfin non, je ne peux pas les identifier justement, c'est bien ça le problème !

Moi, dans mon duvet, sur la table, lampe frontale sur le front prêt à dégainer mon faisceau de lumière au moindre bruit suspect. J'ai l'air rassuré non ?

21h08 : alors que m'étais miraculeusement endormi en faisant abstraction suffisamment longtemps de mes angoisses, je suis réveillé en sursaut par une pluie torrentielle faisant un bruit démentiel sur le toit métallique du refuge. Tout est à refaire.

21h34 : un bruit retentit au loin. Bordel, un tigre vient de rugir à quelques centaines de mètres de moi ! Le premier juron depuis que je tiens ce blog n'est pas de trop pour décrire l'état de stress dans lequel je viens instantanément de basculer.

21h36 : le regarder en face, le regarder en face, le regarder en face. AAAAAAAAAAH JE VEUX M'ENFUIR, IL Y A UN ****** DE TIGRE A CÔTÉ D'ICI !!

21h48 : je ne suis toujours pas sûr à 100% qu'il s'agisse de rugissements de tigre, mais ça continue. Il est difficile d'identifier distinctement la nature et la provenance du son avec la pluie qui continue de tomber. N'importe quel évènement différant un tant soit peu du bruit ambiant est l'occasion de multiplier mon rythme cardiaque par dix : une luciole passant un peu trop près, une goutte d'eau rebondissant différemment sur le toit métallique...

23h02 : je n'ai pas bougé d'un iota depuis plus d'une heure, à part pour allumer ma lampe frontale afin de scruter les alentours assez régulièrement. Les secondes me paraissent des minutes, les minutes des heures, et les heures une éternité. Il faut à tout prix que j'arrive à me rendormir. L'équation pour parvenir à ce but est en théorie toute simple : il suffit que l'endorphine générée par la marche de la journée l'emporte sur l'adrénaline que je génère depuis plusieurs heures maintenant. C'est au niveau de la mise en pratique que ça coince.

6h23 : quel bonheur de se réveiller le dos broyé par ces planches de bois, la gorge desséchée, mais avec le soleil commençant timidement son apparition !

8h30 : je sors du "lit", c'est l'heure du ptit déj !

Mettre la nourriture à l'écart du camp, c'était probablement une bonne idée pour ne pas attirer les bêtes sauvages. Les fourmis aussi ont trouvées que c'était une bonne idée, puisqu'elles ont bouffées la moitié de mes cookies !

10h04 : alors que je vaque à mes occupations dans ma tenue de Tarzan, deux femmes débarquent dans le refuge... WTF ? C'est MON refuge ! Le temps qu'elles repartent à moitié en courant pas très rassurées, je comprends que le bateau synonyme de ticket retour pour moi est là !

10h20 : fin du live, il est temps de rentrer retrouver la civilisation !

Le chemin du retour s'avèrera presque une promenade de santé après ce que je viens de vivre, je retrouverai même mon répulsif à moustique que j'avais en fait perdu dans la précipitation ayant suivi l'entente du bateau la veille. La plus grosse difficulté sera la gestion de mon stock de 15cl d'eau et ma soif grandissante.

J'arriverai sain et sauf au dortoir miteux de Kuala Tahan dans l'après-midi après une traversée en bateau et 6h de marche à un rythme soutenu, dortoir qui me paraitra un hôtel 5 étoiles !


Je ne sais toujours pas à ce jour si j'ai frôlé le face à face avec un tigre sauvage, ou si mon imagination m'a joué des tours. Mais ce que je sais, c'est que j'ai vécu quelque chose d'intense, dont je me souviendrais toute ma vie ! Si vous vous ennuyez ce week end, un conseil, allez faire un tour dans la jungle !