jeudi 28 mars 2013

Ascension du mont Kinabalu

10 jours, c'est le temps que j'aurai à ma disposition pour découvrir la partie malaisienne de Bornéo. Cette île étant la quatrième plus grande du monde, des choix cornéliens se présenteront forcément à moi. Après mûre réflexion je déciderai de conclure ce trip asiatique de manière sportive, exit donc Brunei, les orangs-outans de Bornéo ou encore les plages paradisiaques, place à l'ascension des 4095m du mont Kinabalu et au passage du PADI, diplôme de plongeur.

Je déciderai pour une fois de céder à la simplicité et de réserver un package complet incluant les permis nécessaires, la nuit au refuge d'altitude, la réservation du guide qui est obligatoire, le transfert en bus jusqu'au pied de la montagne, etc... Le prix d'environ 250€ est un peu élevé, mais je n'avais pas vraiment d'autre choix possible compte tenu de mon timing très serré pour organiser cette ascension.



Jeudi 21 février 2013, 9h30, je suis au pied du mont Kinabalu dont j'aperçois seulement le pied du versant que je m'apprête à attaquer dans le brouillard ambiant. Je me trouve à 1890m au dessus du niveau de la mer, et 2205m me séparent donc encore du sommet. Mon sac est prêt, mon guide est avec moi, l'aventure peut commencer !


Mon guide et moi, en tenue d'été pour la première partie de l'ascension jusqu'au refuge
Les premiers kilomètres sont plutôt faciles, les portions assez plates alternant avec celles plus escarpées mais bien aménagées
Une plante carnivore dont je suis à des années lumières de me rappeler le nom
La faune est elle aussi bien présente en ces premiers kilomètres d'ascension

Tous les 500 mètres se trouve en bordure du chemin un panneau indiquant l'altitude actuelle. Si j'imagine que cela doit être stimulant sur la fin du parcours, voir un panneau 3,5km en étant essoufflé au possible me parait plutôt inquiétant. Heureusement, certains randonneurs sont déjà dans un état bien pire que le mien, ce qui a tendance à me rassurer.

En parlant de randonneurs, je croiserai vraiment tous les types de profils, du chinois cherchant du réseau cellulaire au chinois l'ayant trouvé et téléphonant, en passant par le couple de sextagénaire qui a l'air de faire sa petite ballade du dimanche ou encore le porteur en tongues avec ses 20kg sur le dos me dépassant en courant.


L'écosystème environnant change assez radicalement au fur et à mesure que nous grimpons
Au kilomètre 4, à un peu plus de 2700m d'altitude, on passe soudainement au dessus des nuages. Sensation assez grisante, que ce soit pour le fait d'avoir le sentiment d'avoir franchi un palier et d'enfin avoir une vue dégagée vers l'avant, mais aussi tout simplement pour mettre fin à cette pluie fine  omniprésente depuis le départ.

La fin de la journée sera assez dure physiquement, je marquerais une pause prolongée tous les 500m,    des abris sommaires où se regroupent les randonneurs étant présent à côté de chaque panneau d'altitude.

J'arriverai finalement au refuge à 13h53 précisément, après 6.5km et 1500m de dénivelé positif parcourus, un peu moins de 4h30 après mon départ. Score qui paraitrait surement ridicule aux yeux de bon nombre de randonneurs confirmés, mais qui pour ma part me suffira amplement a fanfaronner jusqu'à la fin de mes jours !


Z'avez vu ? Ils ont dit well done !
Je partais plutôt pessimiste sur la qualité de la nourriture servie au refuge, le buffet qui nous attend en guise de repas du midi me fera rapidement changer d'avis ! C'est vraiment pas mauvais, et je n'ai jamais autant apprécié le mot "illimité". Une fois la panse bien remplie, j'irai prendre place dans le dortoir commun où je me prévoirais une petite sieste de 20 minutes. Je me réveillerai difficilement 1h40 plus tard, prévisible.

Heureusement au Laban Rata Resthouse, ils ont l'arme absolu pour vous réveiller en un rien de temps ! Cet outil de torture ultime s'appelle une douche, et croyez-moi c'est très efficace. Le concept est simple, il suffit de placer le réservoir d'eau à l'extérieur, où la température doit difficilement atteindre 10 degrés  et de parfaire le piège en apposant un robinet d'eau chaude dans la douche afin de faire croire au naïf randonneur qu'il va pouvoir profiter des joies d'une longue douche bouillante. Eh bien non, perdu, puisque la douche est glacée, le genre de douche où tu te sens comme un bonhomme quand tu t'es mouillé jusqu'au gros orteil.

Nouveau repas à 17h avant d'aller se coucher à... 18h30 ! C'est là que je prendrais pleinement conscience de l'erreur fatale de ma longue sieste de l'après midi, puisque je peinerai grandement à trouver le sommeil.

Et cette erreur j'aurai de quoi la regretter le lendemain "matin", lorsque mon réveil sonnera à 1h50 ! Eh oui, la seconde partie de l'ascension se fait de nuit afin d'arriver au sommet à temps pour contempler le lever du soleil.

Je suis dans un étant complètement zombiesque, je prends un café pour la première fois depuis un nombre d'années que je ne saurais compter.

Je me sens un poil plus réveillé sur les coups de 2h30, au moment de se remettre en route. De là à dire que je suis en forme pour aller gravir 900m de dénivelé de nuit par des températures glaciales, il y a un pas que je n'oserai franchir.

Car en effet ce deuxième jour s'annonce comme un véritable parcours du combattant : 2,2km de marche, 822m de dénivelé, le tout pour une pente moyenne de 37% !

Mais pas le temps de pleurnicher, j'enfile ma lampe frontale, et en voiture Simone !


Qu'est-ce que je fous là à 3h du matin, à suer comme un boeuf par 5 degrés et à essayer de mettre un pied devant l'autre avec 3 mètres de visibilité ? Aucune idée.
A partir d'environ 3600m le paysage change radicalement, puisqu'il n'y a quasiment plus aucune trace de végétation, seulement un plateau de roche nue. Les seuls éléments visibles dans ce vide immense et nocturne sont les frontales des autres randonneurs qui se suivent telle une procession de lucioles.


Nouvelle difficulté vers 3800m, où je ressentirai pour la première fois les effets de la raréfaction de l'oxygène dans l'air. Étant déjà très essoufflé, ma respiration deviendra plus haletante et je m'essoufflerai  encore plus vite.


J'y suis... presque !
J'y suis... pour de vrai !
Arrivée surprise au sommet alors que je m'attendais au panneau 8.5km, mais j'avais tellement la tête dans le guidon que je suis passé devant sans le voir ! Seulement 6 personnes se trouvent déjà au sommet, je suis donc le 7ème sur environ une centaine de grimpeurs. Même si ce n'est pas une compétition, un certain sentiment de fierté vient s'ajouter à la sensation de satisfaction extrême d'avoir réussi cette ascension.

Tout ca c'est bien joli, mais il n'est qu'environ 5h du matin, et il va falloir attendre près d'une heure que le soleil daigne arroser l'horizon de ses premiers rayons. En attendant, point d'autre choix que d'attendre, immobile, dans un froid glacial amplifié par le vent.


6h, les premiers rayons de soleil tant attendus
Une vision d'un paysage quasi lunaire
Malheureusement le soleil se cachera ensuite assez rapidement derrière les nuages, mon guide m'incitera donc à entamer la longue descente qui nous attend aujourd'hui.

La descente le long du plateau sera l'occasion d'observer des vues qui resteront gravées dans ma mémoire à jamais
En cet instant, j'ai très mal aux jambes, mais... qu'importe !
Rarement eu l'occasion d'admirer de telles couleurs dans le ciel
Encore et toujours cette merveilleuse mer de coton
En pleine action, on peut voir le refuge en contrebas

La descente est extrêmement fatiguante pour les cuisses, heureusement le temps de souffrance est moins long que pour la montée, puisqu'on se déplace environ 1,5 fois plus vite.

Le retour au refuge sera l'occasion d'une petite pause, durant laquelle j'en profiterai pour engloutir le deuxième petit déjeuner buffet de la matinée, de quoi porter mon nombre de calories ingérées depuis 24h à approximativement 283827.

Puis il sera temps de repartir jusqu'au pied de la montagne, histoire de porter le dénivelé positif parcouru à plus de 4500m en deux jours. La fin du parcours est un supplice que j'étais loin d'imaginer, pensant naïvement avoir fait le plus dur une fois le sommet atteint. Chaque pas est une véritable épreuve, je boiterai comme un canard en tentant lamentablement de descendre les dernières marches des escaliers.

Enfin le moment tant attendu, je franchirai la ligne d'arrivée près de 30h après l'avoir quittée, et alors que la satisfaction du devoir accompli commençait à m'envahir, je suis tombé là dessus...

Are you kidding me ? 2h11 pour monter et redescendre ?? Pas beaucoup plus réaliste que 7 victoires d'Armstrong sur le tour de France cette histoire.
Je suis exténué comme rarement je l'ai été, une seule chose m'importe à présent : un bon bain chaud ! Comme cette ascension constituait l'une de mes dernières étapes asiatiques, et que j'ai envie de quitter ce continent en vous faisant râler une dernière fois, quelques photos de mon hôtel à Kota Kinabalu.

Une suite dans un 5***** en plein centre ville, 80€ la nuit
Vue du balcon avec la piscine à gauche, le coucher de soleil en face, et les tentes du marché nocturne au premier plan
L'Asie, c'est bientôt fini... Un PADI à passer, puis il sera temps de s'envoler pour Melbourne !

2 commentaires:

  1. Super aventure, super reportage, super photos, comme si on y était, bravo. J'ai mal aux cuisses rien qu'à te lire.

    Et le yéti, au fait, il est sympa ou pas ?

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  2. c'est vraiment sublime ! bravo !
    Morgane

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