Le Taman Negara est un parc national abritant une des plus vieilles forêt primaires du monde. Rendez-vous compte, celle-ci est présente ici depuis 130 millions d'années, rien que ça ! 130 000 millénaires sans être affecté par aucune ère glaciaire ni intervention humaine, à attendre sagement que le jeune aventurier que je suis vienne à la découverte de cette jungle préservée.
Tout commencera par un voyage mouvementé de 3 heures en bateau afin de remonter le fleuve Sungai Tembeling et ainsi rallier le petit village de Kuala Tahan, centre névralgique du parc et point de départ des nombreuses excursions à réaliser aux alentours.
Pour ce faire, cette exploration junglesque est proposée à toutes les sauces afin de convenir à un maximum de touristes, du randonneur du dimanche effrayé par les insectes au trekkeur de l'extrême, en passant par moi, qui ne sait pas trop dans quelle catégorie me situer.
On trouve donc en vrac des tours organisés en bateau ayant pour but de s'enfoncer dans la jungle sans trop forcer ni sortir des sentiers battus, un trek de 9 jours parcourant 80km, des expéditions nocturnes ayant pour but principal l'observation des insectes, etc...
Je choisirai cette dernière option comme échauffement et petit préambule à la découverte de la vie fourmillant ici, afin de savoir dans quoi je m'engage !
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| La remontée du Sungai Tembeling, le soleil radieux alternant avec les pluies d'illuviène |
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| Kuala Tahan, réparti sur les deux rives du fleuves. Une pléthore de bateliers se charge de transférer les passagers souhaitant rallier l'une ou l'autre rive pour 1 Ringgit (0,25€) |
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| Un serpent se baladant tranquillement d'arbre en arbre |
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| Encore et toujours des saletés à 8 pattes |
Point rebuté par toutes ces mignonnes bébêtes, je déciderai finalement de consacrer mes deux jours dans le parc à un trek en solitaire dans la jungle, ne rechignant pas sur une nouvelle occasion de tester mes limites.
J'irai donc louer un sac de couchage ainsi qu'un sac à dos de randonnée que je remplirai de vivres, d'une lampe frontale, d'un appareil photo pour immortaliser cette aventure, et je me mettrais en route dès le matin pour une journée de trek s'annonçant intense : 10km à parcourir dans une jungle extrêmement dense, des rivières gonflées par les nombreuses averses récentes à traverser, des sangsues à éviter, et un refuge à rallier avant la tombée de la nuit.
Comme si ce programme n'était pas assez chargé, je ferai auparavant un petit détour par le Canopy Walkway, le plus long pont suspendu au dessus de la canopée du monde. C'est bien entendu très touristique, il faut prendre un ticket avant de sagement se mettre dans la file d'attente. J'y retrouverai deux françaises avec qui j'ai passé la soirée de la veille, l'une d'entre elles me donnera gentiment un briquet afin de repousser les sangsues une fois que je leur aurai parlé de mon projet d'excursion solitaire.
Une fois cette promenade de santé terminée, il est temps de se mettre en route et d'attaquer les choses sérieuses !
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| Level 1 : appuie sur la touche flèche haut pour avancer |
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| Level 2 : appuie sur les touches flèche gauche et flèche droite pour faire avancer ton personnage au milieu des arbres |
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| Level 3 : appuie sur la touche C pour t'agripper à la corde |
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| Level 4 : appuie sur la touche espace pour sauter par dessus l'enchevêtrement de branches se trouvant sur le chemin |
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| Level 5 : appuie sur la touche Ctrl pour t'accroupir, passer sous l'obstacle sans glisser dans la boue puis traverser la rivière se trouvant derrière en équilibre sur un tronc d'arbre |
Comme les photos ci-dessus le montrent, le chemin méritera de moins en moins d'être qualifié de tel au fil de la marche, et les derniers kilomètres s'avèreront être un véritable parcours du combattant. Les sangsues omniprésentes dans la végétation détrempée par les nombreuses averses m'étant tombées dessus pendant la journée n'arrangeront pas vraiment la chose.
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| Même pas peur ! Je parle pas anglais de toute façon, j'ai pas compris. |
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| J'ai toujours rêvé de mettre une photo dégueulasse en imaginant la tête des gens qui la verront confortablement installés derrière leur écran ! |
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| Un ruisseau de rien du tout à traverser |
J'ai beau aimer penser qu'une âme d'aventurier se terre au fond de moi, je n'irai pas jusqu'à oser la traversée de ce torrent à la nage avec mon équipement hors de l'eau à bout de bras. Je me retrouverai donc un peu dépité, à seulement quelques centaines de mètres de mon objectif final, bloqué par ce flux d'eau continu d'une force impressionante.
Alors que l'idée pas très réjouissante de passer la nuit seul au milieu de la végétation commençait à m'envahir et que je m'affairai à enlever les sangsues accumulées dans mes chaussettes pendant la journée, un coup de chance plus que bienvenue surviendra. En effet, un bateau passera sous mon nez et viendra s'arrêter sur la rive me faisant face afin d'y déposer sa cargaison de touristes venus faire une petite ballade avant la tombée de la nuit, avant de repartir pour Kuala Tahan. Je hélerai donc le batelier qui me fera gentiment traverser le fleuve. Est-ce que j'ai pensé à comment retraverser le fleuve le lendemain matin ? Bien sur que non, j'étais bien trop occupé à aller de l'avant !
J'arriverai au refuge après quelques centaines de mètres parcourus de l'autre côté du rivage seulement. L'occasion de tomber de haut. En effet, si le mot "refuge" évoque en moi 4 murs en pierre, une porte, un toit sur la tête et un sommier pour dormir, la réalité sera en fait... Différente !
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| 3 tables de pique nique, une vue directe sur la jungle... Un véritable hôtel de luxe ! |
Je resterai une petite heure à discuter avec le sympathique guide qui accompagnait les touristes, synthèse de ce que j'ai retenu de notre conversation :
- Essayer de dormir en hauteur afin d'éviter le maximum d'insectes
- Les éléphants ne devraient pas m'attaquer
- Faire très attention aux scorpions, dont certaines espèces sont mortelles pour l'homme
- En cas de rencontre avec un tigre, le regarder dans les yeux, il n'attaque en général pas de face (facile !)
- Faire un feu afin d'y faire brûler de la résine, cette odeur éloigne la plupart des animaux
- Ne surtout pas se baigner la nuit, le barrage en amont relâchant parfois de l'eau
- S'il ne pleut pas dans la nuit, je pourrais normalement traverser le fleuve avec de l'eau m'arrivant au nombril. Sinon ? Un bateau viendra peut être demain. Et sinon ? Tant pis, je resterai un jour de plus histoire de jouer avec mes copains tigres rencontrés la nuit.
Fort de ces conseils, je serai alors prêt à vivre ma soirée-nuit au milieu de la jungle ! Autant prêt qu'on peut l'être tout du moins. Je vous livre mon compte rendu de la soirée pris sur le vif :
16h46 : installation du camp
16h48 : repas
16h49 : fin du repas
16h53 : craquage, engloutissage du repas prévu pour le lendemain midi
16h56 : il me reste environ 20cl d'eau...
17h05 : je pars dans la jungle en caleçon/baskets chercher de la résine ainsi que des petites branches
17h32 : j'ai (théoriquement) de quoi allumer un feu
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| Des bouts de bois fins, de la résine, des bouts de bois moins fins, un briquet, LET'S BURN THE WORLD BABY ! Je me délecte d'avance des brochettes de tigre que je vais manger ce soir |
17h41 : une énorme arraignée se trouve sur la table (enfin, mon lit). Mon instinct de survie prend le dessus sur mon respect pour la vie animale et je la dézingue à l'aide de ma chaussure sans aucune pitié
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| R.I.P |
17h44 : je me rends compte que j'ai perdu mon répulsif anti moustiques dans la jungle. Pourquoi la vie est-elle injuste, POURQUOI ?
18h04 : pour la première fois de ma vie, je nettoie les toiles d'arraignées présentes au plafond
18h30 : les bruits d'animaux commencent à changer, mon état aussi : je prends réellement conscience que je vais passer la nuit ici, absolument seul, au milieu d'une faune sauvage, et que le lever du soleil est dans seulement 12h
19h08 : l'obscurité commence à tomber. Je range mes affaires, place l'ensemble de ma nourriture restante dans un sac à quelques dizaines de mètres de mon campement de fortune, et essaye de me fabriquer un oreiller en roulant mes vêtements dans la housse du duvet. J'essaye également d'allumer un feu, la résine et le bois sont beaucoup trop humides, impossible de les faire s'embraser. Une forte odeur se dégage en revanche de la résine brûlée, odeur qui selon le guide rencontré plus tôt permet de faire fuir les animaux... Je ne sais absolument pas si c'est vrai, mais ça a au moins le mérite de me rassurer un peu.
19h35 : je commence à grave flipper. Je décide de sacrifier quelques % de batterie de mon téléphone pour écouter quelques musiques.
19h47 : je me souviens que mon seul contact nocturne jamais eu avec la vie sauvage, c'était avec un sanglier, dans une tente en montagne, avec un pote, à 10m de la route. Et on avait flippé comme jamais, foutu le camp en redescendant le col en vélo de nuit à la frontale, avant de dormir au milieu d'un rond point dans le village au pied de la montagne. Je pense qu'il se reconnaitra ! J'ai comme l'impression d'avoir franchi un cap supplémentaire ce soir (d'être en train de franchir un cap tout du moins, je vais devoir survivre encore quelques heures avant de pouvoir parler au passé !)
19h52 : il fait nuit noire à présent. Le bruit de la jungle est tout bonnement assourdissant, je peux identifier des dizaines de bruits d'animaux différents. Enfin non, je ne peux pas les identifier justement, c'est bien ça le problème !
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| Moi, dans mon duvet, sur la table, lampe frontale sur le front prêt à dégainer mon faisceau de lumière au moindre bruit suspect. J'ai l'air rassuré non ? |
21h08 : alors que m'étais miraculeusement endormi en faisant abstraction suffisamment longtemps de mes angoisses, je suis réveillé en sursaut par une pluie torrentielle faisant un bruit démentiel sur le toit métallique du refuge. Tout est à refaire.
21h34 : un bruit retentit au loin. Bordel, un tigre vient de rugir à quelques centaines de mètres de moi ! Le premier juron depuis que je tiens ce blog n'est pas de trop pour décrire l'état de stress dans lequel je viens instantanément de basculer.
21h36 : le regarder en face, le regarder en face, le regarder en face. AAAAAAAAAAH JE VEUX M'ENFUIR, IL Y A UN ****** DE TIGRE A CÔTÉ D'ICI !!
21h48 : je ne suis toujours pas sûr à 100% qu'il s'agisse de rugissements de tigre, mais ça continue. Il est difficile d'identifier distinctement la nature et la provenance du son avec la pluie qui continue de tomber. N'importe quel évènement différant un tant soit peu du bruit ambiant est l'occasion de multiplier mon rythme cardiaque par dix : une luciole passant un peu trop près, une goutte d'eau rebondissant différemment sur le toit métallique...
23h02 : je n'ai pas bougé d'un iota depuis plus d'une heure, à part pour allumer ma lampe frontale afin de scruter les alentours assez régulièrement. Les secondes me paraissent des minutes, les minutes des heures, et les heures une éternité. Il faut à tout prix que j'arrive à me rendormir. L'équation pour parvenir à ce but est en théorie toute simple : il suffit que l'endorphine générée par la marche de la journée l'emporte sur l'adrénaline que je génère depuis plusieurs heures maintenant. C'est au niveau de la mise en pratique que ça coince.
6h23 : quel bonheur de se réveiller le dos broyé par ces planches de bois, la gorge desséchée, mais avec le soleil commençant timidement son apparition !
8h30 : je sors du "lit", c'est l'heure du ptit déj !
10h04 : alors que je vaque à mes occupations dans ma tenue de Tarzan, deux femmes débarquent dans le refuge... WTF ? C'est MON refuge ! Le temps qu'elles repartent à moitié en courant pas très rassurées, je comprends que le bateau synonyme de ticket retour pour moi est là !
10h20 : fin du live, il est temps de rentrer retrouver la civilisation !
Le chemin du retour s'avèrera presque une promenade de santé après ce que je viens de vivre, je retrouverai même mon répulsif à moustique que j'avais en fait perdu dans la précipitation ayant suivi l'entente du bateau la veille. La plus grosse difficulté sera la gestion de mon stock de 15cl d'eau et ma soif grandissante.
J'arriverai sain et sauf au dortoir miteux de Kuala Tahan dans l'après-midi après une traversée en bateau et 6h de marche à un rythme soutenu, dortoir qui me paraitra un hôtel 5 étoiles !
Je ne sais toujours pas à ce jour si j'ai frôlé le face à face avec un tigre sauvage, ou si mon imagination m'a joué des tours. Mais ce que je sais, c'est que j'ai vécu quelque chose d'intense, dont je me souviendrais toute ma vie ! Si vous vous ennuyez ce week end, un conseil, allez faire un tour dans la jungle !



















vraiment énorme ton récit, ta vécu un truc de malade ! Mais t'es complétement taré, nan mais quelle idée d'aller se perdre dans la jungle bon dieu !
RépondreSupprimerMorgane
Il est bien loin le Arnaud avec lequel on passait nos midis sur le toit du lycée ^^
RépondreSupprimerHF en tout cas :p
David
Epic dude, completement en mode Bear Grylls ^^
RépondreSupprimerContinue de nous régaler c'est un plaisir à lire.
See you bro,
Balla_Voine ;)
Hahaha! Pas de rond-points en Malaisie : trop la merde!
RépondreSupprimerT'es ouf mec! J'aurais crisé pour les sangsues, et de pas avoir de flotte!
Belle organisation.. normal
Bises !
Ouh là ça se corse ! Un peu déçu que tu n'aies pas chevauché le tigre comme dans Crash Bandicoot, ce sera pour la prochaine fois.^^
RépondreSupprimerSache bien que tu m'as fait rêver Dude !!!!
RépondreSupprimerGhrrrrrhhhh...
RépondreSupprimerJe l'ai raté de peu celui-là, dommage, il était bien dodu.
Le tigre